intimité



Parfois, je me pose la question de ce que je montre, pour savoir si c’est trop, si mon jardin secret ne devient pas un lieu commun, à quel moment on passe du partage à l’exhibition… Peut-être aussi que c’est l’inverse des lunettes noires qui expose qu’on a quelque chose à cacher ; exposer pour garder le reste mieux caché. 


Bon, je n’en suis pas à écrire la vie sexuelle de Dominique A non plus. Parce que, oui, je me souviens de l’époque ou tout le monde lisait la vie sexuelle de Catherine M (2001) et que j’avais trouvé ça très ennuyeux alors que j’avais adoré un de ses livres sur l’art contemporain, sujet auquel je ne comprends pourtant rien. Au sexe non plus ? Possible.


 

longueurs et pointes

 



Jamais, je n’ai eu, faute de longueurs suffisantes et non parce que je les traitais bien, de cheveux fourchus, cassés. Je découvre que le même destin guette aussi les poils de la barbe. Non, ce n’est pas à cause de l’excès de brushings…  

leg day


 

Rien à faire, je n’aime pas mes jambes. (Notez que les vergetures qu’on peut voir ne me dérangent pas du tout.)  Je les trouve trop maigres, mal fichues, pas assez musclées, pas proportionnées au reste… Ça fait partie pourtant des zones que j’aime travailler même si je ne suis vraiment pas au point : j’en suis toujours à essayer de maîtriser la technique et tenter de faire les gestes bien. Je commence à y parvenir (mais cela explique aussi le peu de progrès ?) Serai-je du genre maladroit vous demandez-vous soudain ? Oh que oui et pas qu’un peu ; je dois avoir été conçu pour l’immobilité sur canapé.

une tasse de thé


 

Je ne sais pas quelle est la question mais la réponse commence par "prenons d'abord une tasse de thé..."


NB: je dis une tasse mais toute la théière ne suffira probablement pas.

et si …


 

Et si j’en avais marre des réseaux sociaux, où tout m’énerve, parce que les vrais gens me manquent? De vraies conversations sur des sujets qui nous passionnent et pas une course aux likes? 

pour qui ?


 

En faisant du sport, en travaillant le corps, sommes-nous en train de nous réapproprier notre corps, le faisons-nous pour nous ou cédons-nous aux injonctions de la société qui exige que nous soyons jeunes et minces parce que ça bâtit tout une industrie de la minceur et du bien-être en opposition à l’industrie de la mal bouffe et du loisir idiot qui nous a fait grossir et nous a abîmés et que c'est double bénéfice pour le capitalisme. Est-ce que nous ne sommes pas aussi en train de nous transformer en meilleur version de nous-même, expression détestable, pour servir un peu mieux ce capital qui nous exploite et nous use ?


Je suppose que les gens qui prennent plaisir à entretenir leur corps  ne se posent pas nécessairement ce genre de questions... Moi-même, quand on parle des heures passées dans la salle de bain, des sommes dépensées en cosmétiques, je ne m'en pose aucune, je sais juste que c'est un moment à moi, un moment agréable et presqu'indispensable.


NB: j'adore l'idée que je vivrai très vieux, très en forme et que je jouirai longtemps d'une retraite bien méritée.

génial, j'ai des courbatures...


 

Mon Dieu, j'en suis vraiment là? Vraiment content de sentir que mon dos et mes épaules sont douloureux parce que ça veux probablement dire que j'ai progressé, que j'ai été un peu efficace?

autoportrait


 

En vrai, c'est "utile" de se prendre en photo pour voir l'évolution du corps. Fondamentalement, on n'est jamais objectif avec soi-même et on se voit pas changer. Parfois c'est bien parce que ça nous évite de déprimer et parfois c'est nul parce qu'on n'est pas conscient d'avoir progresser. Donc l'autoportrait est un repère. Parfois douloureux quand on voit une photo vieille de dix ans et qu'on est bien obligé d'admettre qu'on a changé plus qu'on ne le croyait et que ce dont on pensait que ça allait encore, non, finalement, ça ne va plus. Mais honnêtement, je crois que ça m'a appris à m'aimer, parce qu'il y a des portrait de moi où je me trouve bien...

capitaine


 

Comme je déteste avoir froid, j'adore les pulls marins. J'adore les pulls marins, parce que c'est sublime. Bref, vous avez saisi l'idée, j'en porte beaucoup. Et avec la barbe blanche, ça fait un peu capitaine Iglo... J'assume

juste un flacon de N°5


 

On peut dire ce qu’on veut, détester le parfum, mais le packaging du N°5 n’est pas iconique pour rien… Je le trouve monstrueusement photogénique. On peut le mettre dans tous les décors, multiplier le style des images à l’infini, il reste merveilleusement beau et inratable, à la fois classique et moderne. (Mais rester moderne est la marque des vrais classiques.) 


NB : je suis certain qu’il y a des gens qui en ont un flacon juste pour pouvoir le mettre sur instagram de temps en temps. 

low cost


 

La façon dont j’ai choisi la salle que je fréquente n’a rien de glorieux : j’ai été très égoïste et inconséquent. J’ai pris un abonnement dans une chaîne low cost parce que je n’avais besoin que du strict minimum, des salles près de chez moi, de mon travail, avec des horaires larges. Je n’ai absolument pas pensé à me renseigner quant aux conditions de travail des employés, qui doivent être low cost aussi, j’ai juste payé à la grosse chaîne dont on dira peut-être qu’elle met le sport à la portée de tous, qu’il y a plus de mixité sociale que si j’allais dans une enseigne un peu plus chic. 

La réalité, ce sont des abonnements vendus à l’année à beaucoup de gens qui vont au maximum quelques semaines à la salle avant de laisser tomber et, pour ce qui est de la mixité, il me semble que c’est surtout moi qui l’apporte parce que je ne me fonds pas dans le décor avec mes baskets roses et mon air revêche de vieux pédé snob. (Oui, il faut une occupation queer de l’espace !) Reste qu’en vrai, ce n’est pas un endroit très fréquentable et peut-être aurais-je dû prospecter plus. 

Cela dit, je croise des gens qui n’aurait pas les moyens de fréquenter un endroit plus respectueux de certaines valeurs et on en revient à un vieux vrai problème du désinvestissement publique alors que des lieux comme une salle de sport ont une véritable utilité sociale. Comme à chaque fois quand l’état abandonne au privé, c’est le capitalisme qui gagne, pas les citoyens…

résiste


 

J’ai grandi avec la chanson de France Gall mais comment fait-on pour résister ? Je ne parle pas d’activisme, de politique, non, juste de rester en bonne santé, de ne pas sombrer dans la dépression, le burn out face à une société qui nous met toujours de pression sociale, professionnelle, économique, qui ne pense qu’à nous exploiter le plus possible… Je fais du sport, je lis, j’essaye de manger un peu sainement, passe des heures dans ma salle de bain à me faire une jolie peau, mais tout cela me semble bien insuffisant. D’autant que pour tout ce qui fait un peu du bien, il y a des enjeux environnementaux qui ajoutent une couche de culpabilité pour renforcer notre mal être.
Ne me dite pas qu’il nous reste le déni, ça fonctionne assez peu pour moi, je vis mieux de savoir. (Inutile de mentionner mon masochisme, je sais.)