L’éclat du neuf est bien sûr séduisant, mais les choses anciennes, usées, patinées, racontent une histoire et c’est souvent bien plus intéressant. C’est peut-être pour ça que je m’aime mieux à 50 ans qu’à 20 ans ?
depuis 1971
selfies
Les autoportraits m’ont débarrassé
de tous mes complexes en photos. Ce n’est pas moi qui fais la beauté ou non de
l’image. Une belle photo, ce n’est pas la photo d’un objet beau.
Au lieu de renforcer le
narcissisme, ça me détache complètement de moi-même, c’est une photo, ce n’est
pas moi, je n’ai plus de gêne ou de pudeur face à l’objectif.
gothique
Quelque chose d’un peu inquiétant, de mystérieux, se cache dans le style anglo-normand, que j’ai toujours aimé. Il suffit d’un temps un peu sombre, que l’obscurité s’installe…
nudité frontale
Sans aucune fausse pudeur. Comme ça, c’est fait et on peut passer à autre chose. Je n’ai ressenti aucune gène à faire cette photo et je n’en éprouve pas plus à la publier.
rasé
La barbe est toujours là, mais ce fut un réel plaisir de me raser le crâne en rentrant de vacances. (J’avais laissé un peu plus long pour protéger du soleil parce que la casquette et l’ombrelle s’oublient.)
Je crois que je ne supporte plus d’avoir des cheveux…
décomplexé
Je suis de plus en plus décomplexé. C’est un des rares bienfait de l’âge. « Il faudrait ne pas montrer ces vergetures ou au moins les retoucher. » Non. Pas parce que j’ai appris à les aimer mais parce que je m’en fous et que ce ne sont pas elles qui font l’image. Ce n’est pas la première chose que j’ai vue. Vous probablement pas non plus.
le désir de l’autre
C’est ambigu de parler du « désir de l’autre. » On ne sait si je désire l’autre ou s’il est question de son désir. Il n’est pas impossible qu’il soit préférable pour le désir que tout se confonde ni que le sentiment d’être désiré ne fasse quelques fois naître à son tour le désir. Avons-nous besoin de nous sentir désirables pour être désirant?
maison
La maison, ce n’est pas un endroit. La maison, c’est un assemblage de souvenir, de moments vécus. La maison, c’est du temps passé. Quelque chose d’irremplaçable lorsque ça nous est arraché, qui se reconstitue petit à petit, perdure, même là où nous n’étions pas chez nous. Le sentiment de maison, c’est parfois peu de choses: un peu de vaisselle emportée avec nous, quelques livres empilés sur un coin de table, des gens, un sentiment de sécurité passablement irrationnel.
cohabitation
Comment les différentes parties de moi, du moi, s’assemblent-elles pour former un tout cohérent? Alors qu’on nous tient des discours de plus en plus intenables sur « séparer l’œuvre de l’artiste » je me demande comment agréger, amalgamer, rassembler. Malgré l’âge, je cherche encore qui je suis, comme si l’adolescence ne s’était jamais terminée.
montrer/cacher
Qu’est-ce que je montre et qu’est-ce que je cache? À quel point ce qui est caché apparaît en creux, est plus évident, visible que ce qui est montré? Est-ce que, à partir d’une partie, entraperçue, automatiquement l’esprit tend à recomposer le tout? À quel point nous en tenons-nous simplement à ce qui est donné à voir?
légèreté
Être léger est de plus en plus difficile. Et de moins en moins décent. En même temps, c’est parfois le seul moyen que nous avons d’éviter la chute.














