la barbe blanche

 


Attribut arboré fièrement d’un vieillissement qui s’installe, cette barbe blanche un peu trompeuse pourrait faire croire que je suis en paix avec l’idée de vieillir, que je l’accepte de plus ou moins bonne grâce ou au moins avec résignation. C’est un peu plus compliqué dans une époque qui ne tolère le poil gris que sur des corps minces et fermes, des corps qui ont le droit de vieillir à condition d’afficher une jeunesse qui fera dire qu’il ne fait pas son âge, qu’il est bien pour son âge et surtout ne montre pas la dégradation, la souffrance, le pli d’amertume, la fesse qui tombe ou l’articulation déformée.


Pourtant, vieillir, c’est une succession de petits deuils physiques.  Ceux des choses que nous ne feront plus parce que pas la force pas l’énergie. Ceux d’une image de soi qui change sans qu’on s’en rende compte, s’habituant peu à peu, se sentant toujours le même jusqu’au moment ou une photo d’il y a dix ans nous oblige à reconnaître que « ah oui, quand même, j’ai morflé… »


Vieillir, ça m’emmerde. Je l’accepte uniquement parce que je tiens à ce que ça se passe bien et que le déni n’est pas une solution très efficace sur le long terme. Vieillir, ça m’emmerde parce que c’est une limitation qui s’impose et de la souffrance qui s’ajoute. Ça me fait peur, mais je préfère regarder en face. 


Memento mori


 

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